Comme chaque année désormais, votre newsletter nous propose, tout au long du calendrier, une série dédiée à une thématique. En 2025, place aux nouvelles générations de cavaliers, aux fils et filles de – sans népotisme, bien entendu ! Pour ce sixième et dernier épisode, place aux champions olympiques de la famille Charles.
Pour relire les premiers numéros de notre série consacrée aux dynasties de cavaliers, c'est par ici :
Épisode 1 : Bryan et Mike Smits
Épisode 2 : Gilles Thomas et Marc van Dijck
Episode 3 : Harry et Richard Meade
Un rêve pour beaucoup, une consécration pour certains. Peu peuvent se targuer d’être champion olympique un jour dans leur vie… Encore moins peuvent raconter qu’ils ont remporté l’or douze ans seulement après leur père ! Dans la famille Charles, je demande le fils Harry, digne héritier de son père Peter.
Aujourd’hui installé parmi les meilleurs cavaliers du monde, Harry a grandi avec un modèle inspirant. Pas facile, sans doute, de suivre les traces d’un champion olympique. Mais chez les Charles, la transmission s’est faite avec naturel : un mélange de sérieux, de confiance et d’un humour très british qui a toujours rythmé leurs échanges. Au fil des années, Harry a emprunté sa propre voie, tout en cultivant cet héritage sportif unique qui relie père et fils. D’ailleurs, le 36e cavalier mondial est bien établi dans les installations familiales sur la côte sud de la Grande-Bretagne, et ne compte pas quitter les siens de sitôt. « J’y ai pensé, évidemment. Mais finalement, ce que j’ai ici fonctionne. Je peux compter sur des gens qui ne veulent que mon succès, et qui m’entourent formidablement bien. En outre, si j’ai parfois besoin d’un autre avis, je vais rendre visite à Scott Brash avec mes chevaux, il est à environ une heure de chez nous, et il m’accueille toujours les bras ouverts. »

L’esprit d’équipe règne paisiblement dans les rangs des Britanniques. Ce n’est pas pour rien s’ils ont glané l’or olympique par équipe l’été dernier à Paris. Entouré des deux piliers Scott Brash et Ben Maher, Harry Charles a été l’un des artisans d’un premier succès de l’Union Jack depuis… 2012 à domicile, où Peter Charles accompagnait déjà les deux premiers nommés ainsi que le légendaire Nick Skelton. « J’ai immédiatement pensé à lui et lui ai sauté dans les bras. Mais c’est presque étrange, plus le temps passe, et plus ce souvenir me rend heureux. Peut-être que je n’ai pas réalisé tout de suite ce qu’il nous arrivait », raconte Harry.
Si l’ombre d’un champion olympique aurait pu peser, elle s’est au contraire transformée en un appui constant. Peter n’a jamais cherché à imposer un modèle : il a simplement offert un cadre, un regard, et cette intuition que seuls les cavaliers d’expérience savent transmettre. À la maison, les discussions vont des détails techniques à de simples impressions de ressenti, sans jamais tomber dans la pression ou l’injonction. « On a toujours fonctionné comme ça, glisse Harry. Il donne son avis, mais il ne m’a jamais forcé à suivre une voie en particulier. Tout s’est fait naturellement. » D’ailleurs, le Britannique de 26 ans a longtemps hésité entre les chevaux… et le golf. « J’étais meilleur sur un green qu’en selle, mais je ne prenais en fait que peu de plaisir. Je n’avais pas vraiment d’amis, c’était très solitaire comme sport. Mon père m’avait alors dit de ne pas faire les choses à moitié, qu'un choix s’imposait si je voulais continuer dans l’une des deux voies. Alors, à 13 ans, j’ai choisi les chevaux. »
Une décision qu’il ne regrette pas, « même si j’aimerais bien retrouver mon meilleur niveau de golf, maintenant que je reprends du plaisir à jouer (rires) ! » Cela a bien entendu fait également plaisir à son père… « Je pense que pour lui, une journée idéale, c’est d’être à la maison, avec mes sœurs et moi, et de nous voir monter. De son côté, il aime encore se mettre sur trois ou quatre chevaux pendant la semaine, mais ce sont surtout des jeunes, car il s’est passionné pour l’élevage depuis quelques années. C’est d'ailleurs génial pour nous aussi, de pouvoir créer un lien avec eux dès leurs premiers instants de vie, jusqu’à les monter en 5*.»
Harry a profité de cet écrin, créé par ses parents, pour s’épanouir et s’imposer sur la scène internationale, tout en mesurant pleinement sa chance d’avoir grandi avec un père champion olympique. Aujourd’hui, Peter observe, conseille, rassure ; le fils assume, décide, et fait désormais entendre sa propre voix dans le sport de haut niveau. Entre eux, la communication reste simple, directe, dénuée de tout artifice. Un héritage familial qui dépasse le palmarès et dit beaucoup de leur façon d’aborder le sport : avec engagement, humilité et un vrai sens des chevaux. « Son plus grand enseignement, relève Harry, a été de m’apprendre la patience, et de me dire de toujours m’entourer des bonnes personnes. Par exemple, lorsque j’étais plus jeune, j’étais jaloux des autres enfants de mon âge, parce qu’ils sautaient plus gros avec leurs poneys. Je voulais aller aussi vite qu’eux. Mais mon père m’a toujours dit "quand tu seras prêt, tu le sentiras, et c’est là que tu feras le plus de progrès". Il avait évidemment raison (rires) ! Quand il a fallu passer des caps ensuite, tout a été beaucoup plus facile, comme une évidence, parce que je m’étais entraîné dur pour cela aussi. Et cela ne m’a jamais angoissé non plus, même au moment de faire mon premier Grand Prix 5*. Et puis il y a le travail de base avec les chevaux : réussir à les faire aller droit, en avant, en arrière, à droite, à gauche. Si tu maîtrises ces outils-là, en écoutant ton cheval comme lui t’écoute, alors tu as les fondations de tout ce qui vient ensuite, et tu commences à ne former qu’un avec lui. »
Cela paraît si simple, non ? Mais il y a beaucoup de travail derrière le succès du Britannique, si bien entouré comme il aime le répéter. Jeune marié depuis cet été, il ne lui manque pas grand-chose pour être vraiment comblé… « Gagner un Rolex Grand Prix, c’est l’objectif presque ultime. J’en rêve depuis toujours. » Qui sait, peut-être son vœu se réalisera-t-il dans quelques semaines sur cette piste genevoise qu’il aime tant.
Aurore Favre
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