Ils font partie de ces couples qu’on ne présente presque plus. Robin Godel et Grandeur de Lully CH partagent leur quotidien depuis dix ans déjà, et avec les succès qu’on leur connaît. Pourtant, tout n’est pas toujours simple avec le beau bai de 17 ans, que Robin a dû apprivoiser pour développer complicité et confiance. Les mots ne feraient désormais pas justice à ce lien que tous deux ont créé et aux émotions partagées au fil des années.
Dans la douce agitation des écuries du CHI de Genève, Grandeur de Lully CH semble assoupi pendant que Noa, sa jeune groom, finit de tresser ses beaux crins noirs pour la visite vétérinaire et un léger travail sur la piste d’attractions. «Il est en mode ‘économie d’énergie’, sourit Robin Godel. C’est l’une de ses grandes qualités: il sait se préserver. C’est peut-être aussi pour ça qu’il est encore autant en forme à son âge.»
Sans langue de bois, oui, c’est vrai, Grandeur est un peu flemmard. À la maison, il préfère sans doute se prélasser dans son pré que travailler. Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, le beau bai aime être dehors. Et dormir… Un peu partout, tout le temps. «En concours, en revanche, je sens qu’il est motivé, qu’il y a une certaine excitation avant le début du cross.» À Genève, en tous cas, Grandeur se sent bien. Ce soir, ce sera sa sixième participation au Cross Indoor présenté par la Tribune de Genève, une épreuve qu’il a brillamment remportée en 2021 avec sept petits dixièmes de seconde dépassés sur le temps idéal. Une performance parmi tant d’autres qui illustre bien la complicité développée entre le Demi-sang suisse et son cavalier depuis plus de dix ans.
Et il s’en est passé, des choses, en dix ans. Avec Grandeur de Lully, Robin Godel a franchi de nombreux caps, participé à ses premiers championnats juniors, jeunes cavaliers, puis avec l’élite. Jusqu’à vivre l’an dernier à Paris des Jeux Olympiques quasiment parfaits, puisqu’ils ont raté le podium de peu. «Cela reste probablement mon meilleur souvenir avec ‘Kara’ (ndlr. le nom de naissance de Grandeur étant Karamio). Le contexte, le lieu, le fait d’être si proche d’une médaille… Cela a rendu l’expérience extraordinaire», relate le Fribourgeois de 27 ans. Sauf changement de programme, ces Jeux auront d’ailleurs été les derniers du Demi-sang suisse. À bientôt 18 ans, il est bientôt temps de lui offrir une retraite bien méritée. «Je prépare plutôt Global DHI pour les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle l’an prochain, mais je sais qu’en cas de couac, je pourrai compter sur Grandeur. Il a certainement l’expérience nécessaire !»
Derrière le champion aguerri se cache en fait un grand craintif. «Il m’arrive encore parfois de terminer ma balade à pied, blague Robin. Heureusement, c’est moins souvent le cas qu’au début, mais Grandeur est toujours très imprévisible. Il faut se méfier de tout, car s’il a peur de son ombre, il peut faire un écart et demi-tour si rapidement qu’il est impossible de rester en selle !» «Kara» a l’air si serein, dans son box, choyé par Noa – «c’est le plus chou de l’écurie. Tout le monde s’arrête pour lui dire bonjour en concours !» -, qu’il est difficile de croire que ce multiple vainqueur en international est si peureux. «Je ressens encore parfois une légère hésitation lorsque nous sommes en piste, admet son cavalier. Mais je pense que je peux désormais mieux anticiper, et que nous nous faisons confiance. Nous nous connaissons par cœur, et c’est un réel atout.»
C’est une relation particulière qui unit le bai de 17 ans et Robin Godel. Il y aura sans doute un peu d’émotion à l’heure de faire ses adieux à la compétition, mais le Fribourgeois réalise surtout la chance qu’il a eu de pouvoir bénéficier d’un tel cheval pour les premiers grands rendez-vous de sa jeune carrière. «Il n’y aura pas dix Grandeur dans ma vie, c’est sûr», sourit Robin Godel.
Aurore Favre
En quelques mots
Palmarès
Produit ajouté à votre panier !