Rodrigo Rodrigo Pessoa et son fabuleux Baloubet du Rouet - © VST / CHI de Genève

Deux cadors au sommet de Genève

S’il est bien une chose dont on peut être certain au Concours Hippique International de Genève, c’est de la présence des plus grands cavaliers de la planète. Depuis les débuts de ce magistral concours, les cadors du jumping se sont succédé à son palmarès. À l’occasion de cette troisième newsletter dédiée au centenaire de l’événement et, plus particulièrement, à l’apparition de Genève comme étape du circuit Coupe du monde en 1979, deux ténors de la discipline ont accepté de rendre compte de leurs souvenirs. Sont nommés le Britannique John Whitaker et le Brésilien Rodrigo Pessoa.

John Whitaker John Whitaker et le légendaire Milton - © CHI de Genève

Le premier est devenu une légende vivante, symbole d’une équitation britannique sans fausse note, entré dans l’élite depuis les années 80. Il devenait alors double vice-champion d’Europe en 1983, puis vice-champion olympique par équipe l’année suivante à Los Angeles, aux rênes de Ryan's Son, avant de devenir, entre autres, double champion d’Europe en 1989 avec son fidèle Milton à la robe virginale. La longévité du Britannique au plus haut niveau est impressionnante, et c’est donc tout naturellement qu’il s’inscrit comme un témoin clé de l’histoire du Concours Hippique International de Genève, ayant remporté le Grand Prix Coupe du monde, pour la dernière édition sise aux Vernets, en 1989. Alors associé à son inoubliable crack, avec lequel il s’imposera en finale du circuit à Dortmund et Göteborg en 1990 et 1991, le Britannique avait fait rêver les foules sur son ange blanc, devenu de son vivant animal mythologique.

Cette année-là, alors que tous les spectateurs et autres passionnés espéraient sans doute un duel prometteur entre le cheval blanc et son grand rival noir – le fougueux Jappeloup sous la selle du Français Pierre Durand –, ce dernier ne s’était pas qualifié pour le barrage. Le grand gris et son pilote aux airs flegmatiques s’étaient donc imposés devant l’Allemand Hendrik Snoek sur Anatol et l’Espagnol Juan Diego Garcia Trevijano montant Tirol. « Milton était tout simplement un cheval exceptionnel. Il adorait les concours, et il était naturellement très doué. Il n’était pas du tout nerveux, mais très sûr de lui. Il me faisait vraiment confiance et attendait tout le temps que je lui dise quoi faire. Il m’a vraiment facilité la vie : il fallait juste que je le monte bien », témoigne le Britannique, qui avoue ne se souvenir que « vaguement » de cette victoire. « C’est toujours agréable de gagner, surtout à Genève, car le public y est formidable, et les organisateurs mettent vraiment tout en œuvre pour offrir un beau spectacle, du beau sport, dans les meilleures conditions possibles. » Et même si la ville du lac ne fait plus partie des étapes du circuit depuis 2013 – s’inscrivant depuis lors au sein du Rolex Grand Slam of Show Jumping –, le Britannique considère toujours le CHIG comme l’un de ses concours préférés. « C’est en fait l’un des meilleurs. Tout y est parfait : la piste, l'ambiance, l’organisation. » En regardant dans le rétroviseur, John Whitaker évoque alors nombre de souvenirs : sa victoire en Coupe du monde certes, mais également l’épreuve des Six Barres ou encore « une épreuve où il fallait monter à cru et, oh oui, je me souviens d’une autre fois où j'ai monté une mule en cosaque ! C’est indéniable, j’ai vraiment beaucoup de bons souvenirs de Genève », s’exclame-t-il avec enthousiasme.

Rodrigo et Neco Rodrigo et son père "Neco" Pessoa - © CHI de Genève

Le second nommé n’est autre qu’un fidèle parmi les fidèles. Dire qu’il fait partie intégrante de l’histoire de Genève ne serait pas mentir. S’il n’a connu que le site de Palexpo en tant que compétiteur, le prodige brésilien a su s’en faire une seconde maison. Avant cela, il avait déjà pris le pouls de l’événement auprès de son père cavalier, Nelson Pessoa. Puis Palexpo est devenu son terrain de jeu ! « Genève reste pour moi très spéciale, car mon père s’y est installé en arrivant du Brésil en 1961 et était toujours de la partie aux Vernets. J’ai moi-même commencé à concourir à Genève dès la première édition à Palexpo et j’y suis revenu de nombreuses fois. Et j’ai toujours été plutôt chanceux au CHIG, donc c’est un vrai plaisir d’y revenir. » D’autres parleraient plutôt de talent. Ainsi, au « Livre Guiness des Records » du CHI de Genève, Rodrigo Pessoa – dépassé depuis lors par Steve Guerdat (16 succès) et Kent Farrington (11) s’imposait au début des années 2000 comme le cavalier ayant remporté le plus grand nombre d’épreuves majeures : quatre Grands Prix Coupe du monde (1993, 2000, 2002 et 2004), quatre autres Grands Prix (entre 1998 à 2001) et deux Finales du Rolex Top Ten IJRC (2003 et 2005).

Rodrigo Rodrigo Pessoa et Baloubet du Rouet - © CHI de Genève / Elsa Rochaix

Pour lui, l’histoire commence fort lorsqu’il remporte pour la première fois un Grand Prix Coupe du monde, en 1993, avec Loro Piana Special Envoy. Rodrigo n’a que vingt et un ans et s’impose déjà comme un cavalier à suivre. « Je me souviens très bien de cette victoire. Stefan Lauber et Lugana II, qui formaient alors un couple de haute qualité, s'étaient classés au 2e rang. Une de mes plus grosses victoires, une étape Coupe du monde avec une Volvo comme prix ! L’année précédente, j’avais fauté sur le dernier obstacle du barrage avec le meilleur chronomètre, et Philippe Le Jeune s’était imposé (avec Roby Foulards Shogun, ndlr)», se souvient l’intéressé. Trois ans plus tard, le Brésilien connaît toutefois un revers de taille à Palexpo. Nous sommes en 1996, et le cavalier aborde l'ultime épreuve de la finale de Coupe du monde comme grand favori, son compteur lui offrant 8 points d’avance sur ses concurrents. Mais voilà, avec Tomboy, le cavalier cumule 10 points et recule à la quatrième place finale. « J’avais monté Special Envoy et Tomboy pour cette finale à Genève. Avec l’avance que j’avais, cela a bien sûr été une grosse désillusion, mais cela fait partie du sport. Cette claque-là a résonné bien fort, mais elle m’a appris beaucoup de choses. Elle m’a forgé, et j’ai gagné plus tard trois finales de Coupe du monde consécutivement. »

Quatre ans plus tard, en 2000, Rodrigo s'impose dans le Grand Prix genevois avec Gandini Lianos, puis récidive par deux fois avec le singulier Baloubet du Rouet (rappelons que le couple comptait alors à son actif trois sacres d’affilée en finale du circuit, de 1998 à 2000, ndlr), en 2002 et 2004. Ces victoires à Palexpo sont restées gravées dans sa mémoire : « Oui, car des succès en Grands Prix 5*, un cavalier n’en compte qu’un certain nombre dans sa vie. Je me souviens quasiment de toutes, mais particulièrement de celles-ci, parce que Genève reste un rendez-vous spécial. Et puis, je suis devenu Témoignage Rolex en 1999. À l’époque, j’étais le seul, et il était très important pour moi de bien figurer à Genève devant mes sponsors. Je prenais toujours une semaine de congé avant le concours pour que mes chevaux soient frais et y arrivent dans les meilleures conditions possibles. »

Whitaker John Whitaker a toujours été un bon client lorsqu'il s'agissait de divertir Palexpo! - © CHI de Genève

Le CHI de Genève ne se limite pas aux Grands Prix Coupe du monde pour le Brésilien. S’y ajoutent ses quatre victoires dans le Trophée de la Ville de Genève – deux avec Lianos en 1998 et 2000 et deux avec Baloubet en 1999 et 2001 – ainsi que ses deux sacres, toujours avec Baloubet, dans le Top 10 Rolex IJRC, en 2003 et 2005. « Participer au Top 10 signifie qu’on a signé une très bonne saison. C’est un aboutissement, une épreuve très prestigieuse. C’est toujours un plaisir de pouvoir y participer. Cette année, je suis un peu loin au classement, mais ce serait un rêve pour moi de pouvoir y prendre part à nouveau un jour. »

À lire ces lignes, on comprend toute l’importance du CHI de Genève dans le programme des cavaliers de haut rang. D’ailleurs, Rodrigo Pessoa et John Whitaker ont tous deux d’ores et déjà fait savoir aux organisateurs qu’ils souhaiteraient être présents à Palexpo pour cette édition anniversaire qui s’annonce exceptionnelle. C’est tout ce que l’on souhaite ! Pour eux, pour nous, pour le grand sport.

Sophie Lebeuf

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