Acte I · 1947

Le retour dans la grande halle

La grande halle du Palais des Expositions
Le Palais des Expositions retrouve son concours.

En 1947, le Concours Hippique International de Genève quitte définitivement les terrains de Plainpalais pour retrouver son écrin historique : la grande halle du Palais des Expositions. Après plusieurs années passées en plein air, imposées par les circonstances de l'après-guerre, cette réinstallation marque un véritable retour aux sources. Les cavaliers, les chevaux et le public redécouvrent l'ambiance si particulière des compétitions indoor, où l'élégance des infrastructures et la proximité avec les épreuves renforcent toute l'intensité du spectacle.

Ce retour inaugure l'un des plus longs et des plus prestigieux chapitres de l'histoire du CHI. Pendant près de quarante ans, le Palais des Expositions devient le théâtre incontournable des plus grandes rencontres équestres de Genève. Année après année, les meilleurs cavaliers du monde s'y donnent rendez-vous, contribuant à bâtir la réputation internationale du concours. Entre performances sportives d'exception, soirées de gala et ferveur du public, cette période forge durablement l'identité du CHI et inscrit Genève parmi les capitales mondiales des sports équestres.

Acte II · Le partage

Une Coupe des Nations à se partager

La Fédération Équestre Internationale décide alors qu'un pays ne peut plus organiser qu'une seule Coupe des Nations. Lucerne et Genève devront dès lors se partager le gâteau.

Remise de la Coupe des Nations en 1957
En 1957, le colonel divisionnaire Pierre de Muralt, président du CHI de 1951 à 1973, remet la Coupe des Nations au chef de l'équipe allemande, Harald Momm.

À partir de 1951, une nouvelle organisation s'impose dans le calendrier équestre suisse : une année à Genève, la suivante à Lucerne. Les deux villes alternent désormais l'accueil du prestigieux concours international, offrant à chacune le temps de préparer une édition toujours plus ambitieuse. Ce rythme bisannuel permet également d'éviter la concurrence directe entre les deux événements et contribue à renforcer leur renommée sur la scène équestre européenne.

Pour Genève, cette alternance transforme le concours en un rendez-vous particulièrement attendu. L'attente entre deux éditions nourrit l'engouement du public, tandis que les meilleurs cavaliers internationaux continuent d'inscrire la cité de Calvin parmi leurs étapes incontournables. Chaque retour du CHI est vécu comme un véritable événement, réunissant passionnés, familles et personnalités autour d'un spectacle sportif de premier plan.

Cette nouvelle cadence apporte également un avantage majeur : elle offre aux organisateurs une assise financière plus solide et davantage de temps pour préparer chaque édition. Les ressources peuvent être investies dans des infrastructures de qualité, l'accueil des cavaliers et des chevaux, ainsi que dans des animations toujours plus prestigieuses. Le concours gagne ainsi en ambition, en qualité et en rayonnement, posant les bases de son développement futur et de son statut parmi les plus grandes compétitions équestres internationales.

Acte III · Le spectacle

À l'affiche des grandes soirées

Malgré un budget assez restreint — 166'000 francs suisses de l'époque —, les organisateurs parviennent à offrir de grandes attractions au public.

  1. L'École espagnole de Vienne Vienne · Autriche
  2. Le Cadre Noir Saumur · France
  3. La Garde Royale de Barcelone Barcelone · Espagne

Des reprises de haute école aux carrousels de gala, le Palais des Expositions devient une scène où le sport côtoie le grand spectacle équestre.

L'École espagnole de Vienne à Genève en 1949
La fameuse École espagnole de Vienne se produit à Genève en 1949.

Ces prestigieuses écoles d'équitation, dépositaires de traditions séculaires, font salle comble. Pour le public genevois, le concours n'est pas seulement une compétition : c'est le grand rendez-vous élégant de la saison.

Acte IV · La présidence

Le colonel Pierre de Muralt, l'hôte d'Évordes

Le colonel Pierre de Muralt
1951, début d'une longue présidence.

1951 marque aussi le début de la longue présidence du colonel Pierre de Muralt, ancien pilier de l'équipe suisse avant d'en être le chef. Sous sa conduite, le concours cultive un art de recevoir qui fait sa réputation.

Dans sa propriété d'Évordes, le colonel accueille tous les cavaliers — les d'Inzeo, d'Oriola, Winkler et autres as de l'époque — ainsi que les officiels, et ce jusqu'à la fin de sa présidence. Les plus grands noms du sport y deviennent, le temps d'une édition, les enfants chéris du public genevois.

Nous avons une participation record quant à la diversité des nations, puisque nous comptons douze pays différents. La participation la plus remarquable, la plus considérable — à part peut-être Aix-la-Chapelle cette année.
— Archives du concours
Acte V · Les coulisses

Des écuries en sous-sol

Derrière le prestige des soirées, les coulisses du Palais racontent une autre histoire — celle que les cavaliers n'ont jamais oubliée.

Hier · au Palais

« On rêvait toujours de venir à Genève. Arrivés sur place, on pensait trouver de jolis boxes, mais les écuries en sous-sol étaient vétustes (chevaux en stalles, avec bas-flancs). Heureusement, le matin tôt, on pouvait bouger les chevaux dans le Palais. »

Témoignage d'un cavalier de l'époque.

Aujourd'hui · à Palexpo
  • Trois grandes pistes à disposition des cavaliers et des chevaux
  • Des écuries entièrement repensées
  • De grands boxes de 4 mètres sur 3
  • Des douches en suffisance
Acte VI · Le palmarès

La Suisse s'impose enfin

On attendait cela depuis 1927.

1963

La Suisse s'impose dans la Coupe des Nations à domicile — une victoire attendue depuis trente-six ans.

1983

Nouvelle victoire suisse, pour la toute dernière Coupe des Nations disputée en indoor en Europe.

Acte VII · 1973

La Coupe des Nations de la contestation

Rudolf Gnägi et le prince Philip lors de l'édition 1973
À gauche, le conseiller fédéral Rudolf Gnägi, chef du Département militaire fédéral. À droite, le prince Philip, duc d'Édimbourg, alors président de la Fédération équestre internationale.

Lorsqu'on évoque la Coupe des Nations de 1973 à Genève, un souvenir s'impose immédiatement : celui d'une édition où le sport se mêle à l'histoire et à la contestation. Quelques semaines auparavant, la décision des autorités fédérales de supprimer la cavalerie de l'armée suisse suscite une vive émotion dans le monde équestre. Pour marquer leur désaccord, les délégations défilent lors de la cérémonie d'ouverture avec un brassard noir au bras, tandis que leurs chevaux arborent eux aussi un nœud noir. Un geste symbolique, sobre mais fort, qui donne à cette édition une dimension bien particulière.

L'émotion gagne rapidement les tribunes. Le public genevois, très attaché aux traditions équestres et militaires, manifeste ouvertement son mécontentement. Lorsque le ministre de la Défense, Rudolf Gnägi, fait son apparition pour remettre le trophée de la Coupe des Nations, il est accueilli par une longue salve de huées. L'atmosphère est si tendue qu'il lui devient impossible de procéder lui-même à la remise des prix, un fait exceptionnel dans l'histoire du concours.

Afin d'apaiser la situation, l'honneur de remettre le trophée est finalement confié au duc d'Édimbourg, le prince Philip, présent à Genève en qualité d'invité d'honneur. Sous le regard étonné du prince britannique, la cérémonie prend des allures de véritable manifestation populaire. Cet épisode, aussi inédit que spectaculaire, dépasse largement le cadre sportif et demeure aujourd'hui l'un des moments les plus marquants de l'histoire du CHI de Genève, illustrant à quel point le concours a toujours été intimement lié à son époque et aux grands débats de la société suisse.

Chronologie

Trente-six ans au Palais

1947

Le retour dans la grande halle

1951

L’alternance avec Lucerne

1963

La Suisse s’impose enfin

1973

La Coupe des Nations de la contestation

1983

La dernière Coupe des Nations indoor d’Europe

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Épilogue

Si la cavalerie disparaît, les cavalières, elles, fleurissent.

Et le sport, désormais relayé par la télévision, se modernise. Une nouvelle ère s'annonce pour le concours — celle des grands rendez-vous médiatisés.

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