Le retour dans la grande halle
En 1947, le Concours Hippique International de Genève quitte définitivement les terrains de Plainpalais pour retrouver son écrin historique : la grande halle du Palais des Expositions. Après plusieurs années passées en plein air, imposées par les circonstances de l'après-guerre, cette réinstallation marque un véritable retour aux sources. Les cavaliers, les chevaux et le public redécouvrent l'ambiance si particulière des compétitions indoor, où l'élégance des infrastructures et la proximité avec les épreuves renforcent toute l'intensité du spectacle.
Ce retour inaugure l'un des plus longs et des plus prestigieux chapitres de l'histoire du CHI. Pendant près de quarante ans, le Palais des Expositions devient le théâtre incontournable des plus grandes rencontres équestres de Genève. Année après année, les meilleurs cavaliers du monde s'y donnent rendez-vous, contribuant à bâtir la réputation internationale du concours. Entre performances sportives d'exception, soirées de gala et ferveur du public, cette période forge durablement l'identité du CHI et inscrit Genève parmi les capitales mondiales des sports équestres.
Une Coupe des Nations à se partager
La Fédération Équestre Internationale décide alors qu'un pays ne peut plus organiser qu'une seule Coupe des Nations. Lucerne et Genève devront dès lors se partager le gâteau.
À partir de 1951, une nouvelle organisation s'impose dans le calendrier équestre suisse : une année à Genève, la suivante à Lucerne. Les deux villes alternent désormais l'accueil du prestigieux concours international, offrant à chacune le temps de préparer une édition toujours plus ambitieuse. Ce rythme bisannuel permet également d'éviter la concurrence directe entre les deux événements et contribue à renforcer leur renommée sur la scène équestre européenne.
Pour Genève, cette alternance transforme le concours en un rendez-vous particulièrement attendu. L'attente entre deux éditions nourrit l'engouement du public, tandis que les meilleurs cavaliers internationaux continuent d'inscrire la cité de Calvin parmi leurs étapes incontournables. Chaque retour du CHI est vécu comme un véritable événement, réunissant passionnés, familles et personnalités autour d'un spectacle sportif de premier plan.
Cette nouvelle cadence apporte également un avantage majeur : elle offre aux organisateurs une assise financière plus solide et davantage de temps pour préparer chaque édition. Les ressources peuvent être investies dans des infrastructures de qualité, l'accueil des cavaliers et des chevaux, ainsi que dans des animations toujours plus prestigieuses. Le concours gagne ainsi en ambition, en qualité et en rayonnement, posant les bases de son développement futur et de son statut parmi les plus grandes compétitions équestres internationales.
À l'affiche des grandes soirées
Malgré un budget assez restreint — 166'000 francs suisses de l'époque —, les organisateurs parviennent à offrir de grandes attractions au public.
- L'École espagnole de Vienne Vienne · Autriche
- Le Cadre Noir Saumur · France
- La Garde Royale de Barcelone Barcelone · Espagne
Des reprises de haute école aux carrousels de gala, le Palais des Expositions devient une scène où le sport côtoie le grand spectacle équestre.
Ces prestigieuses écoles d'équitation, dépositaires de traditions séculaires, font salle comble. Pour le public genevois, le concours n'est pas seulement une compétition : c'est le grand rendez-vous élégant de la saison.
Le colonel Pierre de Muralt, l'hôte d'Évordes
1951 marque aussi le début de la longue présidence du colonel Pierre de Muralt, ancien pilier de l'équipe suisse avant d'en être le chef. Sous sa conduite, le concours cultive un art de recevoir qui fait sa réputation.
Dans sa propriété d'Évordes, le colonel accueille tous les cavaliers — les d'Inzeo, d'Oriola, Winkler et autres as de l'époque — ainsi que les officiels, et ce jusqu'à la fin de sa présidence. Les plus grands noms du sport y deviennent, le temps d'une édition, les enfants chéris du public genevois.
Nous avons une participation record quant à la diversité des nations, puisque nous comptons douze pays différents. La participation la plus remarquable, la plus considérable — à part peut-être Aix-la-Chapelle cette année.— Archives du concours
Des écuries en sous-sol
Derrière le prestige des soirées, les coulisses du Palais racontent une autre histoire — celle que les cavaliers n'ont jamais oubliée.
« On rêvait toujours de venir à Genève. Arrivés sur place, on pensait trouver de jolis boxes, mais les écuries en sous-sol étaient vétustes (chevaux en stalles, avec bas-flancs). Heureusement, le matin tôt, on pouvait bouger les chevaux dans le Palais. »
Témoignage d'un cavalier de l'époque.
- Trois grandes pistes à disposition des cavaliers et des chevaux
- Des écuries entièrement repensées
- De grands boxes de 4 mètres sur 3
- Des douches en suffisance
La Suisse s'impose enfin
On attendait cela depuis 1927.
La Suisse s'impose dans la Coupe des Nations à domicile — une victoire attendue depuis trente-six ans.
Nouvelle victoire suisse, pour la toute dernière Coupe des Nations disputée en indoor en Europe.
La Coupe des Nations de la contestation
Lorsqu'on évoque la Coupe des Nations de 1973 à Genève, un souvenir s'impose immédiatement : celui d'une édition où le sport se mêle à l'histoire et à la contestation. Quelques semaines auparavant, la décision des autorités fédérales de supprimer la cavalerie de l'armée suisse suscite une vive émotion dans le monde équestre. Pour marquer leur désaccord, les délégations défilent lors de la cérémonie d'ouverture avec un brassard noir au bras, tandis que leurs chevaux arborent eux aussi un nœud noir. Un geste symbolique, sobre mais fort, qui donne à cette édition une dimension bien particulière.
L'émotion gagne rapidement les tribunes. Le public genevois, très attaché aux traditions équestres et militaires, manifeste ouvertement son mécontentement. Lorsque le ministre de la Défense, Rudolf Gnägi, fait son apparition pour remettre le trophée de la Coupe des Nations, il est accueilli par une longue salve de huées. L'atmosphère est si tendue qu'il lui devient impossible de procéder lui-même à la remise des prix, un fait exceptionnel dans l'histoire du concours.
Afin d'apaiser la situation, l'honneur de remettre le trophée est finalement confié au duc d'Édimbourg, le prince Philip, présent à Genève en qualité d'invité d'honneur. Sous le regard étonné du prince britannique, la cérémonie prend des allures de véritable manifestation populaire. Cet épisode, aussi inédit que spectaculaire, dépasse largement le cadre sportif et demeure aujourd'hui l'un des moments les plus marquants de l'histoire du CHI de Genève, illustrant à quel point le concours a toujours été intimement lié à son époque et aux grands débats de la société suisse.
Trente-six ans au Palais
Le retour dans la grande halle
L’alternance avec Lucerne
La Suisse s’impose enfin
La Coupe des Nations de la contestation
La dernière Coupe des Nations indoor d’Europe
Si la cavalerie disparaît, les cavalières, elles, fleurissent.
Et le sport, désormais relayé par la télévision, se modernise. Une nouvelle ère s'annonce pour le concours — celle des grands rendez-vous médiatisés.
