Installation de la piste pour la première édition à Palexpo, en décembre 1991
Décembre 1991 · Le transfert

Un pari un peu fou, mais juste

Palexpo sort de terre à côté de l'aéroport à la fin des années 1970. Le nouveau Palais des Expositions est inauguré le 18 décembre 1981, mais il faut attendre la halle 5, en 1987, pour qu'il puisse accueillir un concours de grande envergure. Les organisateurs du CHI en rêvent depuis longtemps.

Après l'édition 1989, Yves G. Piaget convoque tout son comité à 7 heures du matin : la Coupe du monde impose désormais un rythme annuel, et il faut quitter les Vernets. Pierre E. Genecand lève la main et demande quarante-huit heures. À quarante ans à peine, il relève le double défi.

« La première année, nous avons mis notre mélange de tourbe par-dessus la terre du Supercross. »

Pierre E. Genecand Pierre E. GenecandPrésident du CHI-W de Genève de 1991 à 2003 — Photo Aldag
Souvenir · Palexpo
C'est l'un de mes premiers souvenirs, en tout cas un souvenir très fort de Palexpo : la finale de la Coupe du monde 1996. Je me souviens d'avoir pu approcher mes idoles de tout près pour la première fois. Rodrigo, encore très jeune à l'époque, et surtout Ludger. Me dire qu'un jour, nous aussi, on aimerait faire partie de ce monde-là.
Témoignage du film — Steve Guerdat
L'arène de Palexpo vue depuis les tribunes
1991 · La halle 5

La plus grande piste couverte du monde

107 mètres sur 52 la première année, 107 sur 57 la suivante : un record. Les tribunes, qu'il faut à nouveau monter et démonter comme au bon vieux temps, sont d'abord un peu trop grandes.

Elles se remplissent vite. 18 000 spectateurs en 1991, 19 000 en 1992, 23 000 en 1993. Pour partager les frais des tribunes, Pierre E. Genecand s'associe à son cousin Didier et à Daniel Perroud, les organisateurs du Supercross moto.

« Palexpo est un outil formidable et d'un accès très facile, à côté de l'aéroport, le long de l'autoroute. »

L'équipe de piste de Palexpo
Décembre 1991 · Le chantier

Tout est à faire, chaque année

Palexpo est immense, mais vide. À chaque édition, il faut littéralement rebâtir un concours hippique, puis tout démonter. Les chiffres de la toute première installation.

107 × 52 m La piste
5 500 m³ Sable, tourbe et terre
300 Boxes — 470 aujourd'hui
400 Bénévoles — 250 aux Vernets
34 × 50 m Paddock d'entraînement
26 × 40 m Paddock d'attraction
45 t Paille et copeaux
7 000 kg Foin

Les bénévoles se révéleront de plus en plus l'âme du concours, et l'une des principales raisons de son succès.

Un cavalier sur la piste de Palexpo dans les années 1990
1991 · Sur la piste

Un lac, une butte et six moutons

La butte fait son retour, comme à l'ancien Palais, et l'on creuse un lac — sauf erreur une première en indoor. La piste est encore un peu froide, mais le spectacle s'étoffe et les tribunes vibrent.

Pour la chasse, un berger et six moutons sont installés tout près du lac : de quoi augmenter encore un peu l'angoisse de certains chevaux, et de leurs cavaliers. Un bel exercice de courage, que Ludger Beerbaum s'adjuge avec Almox Rasman.

« La plus grande piste indoor du monde nous a permis de mettre une chasse au programme, une épreuve qui se pratique plutôt en extérieur, souvent sous forme de derby. Pour cela, nous avons construit un lac et un grand talus à l'intérieur de Palexpo. »

L'arrivée des chevaux nord-américains sur le tarmac de Cointrin, en avril 1996
17-21 avril 1996 · La finale

Un Jumbo se pose à Cointrin

Un énorme Jumbo-cargo de Lufthansa se pose sur la piste de Cointrin. À bord, vingt-trois chevaux américains et canadiens embarqués à Miami. Ils rejoindront Palexpo à pied, avec leurs palefreniers, par un tunnel passant sous l'autoroute.

Les écuries d'Ernest Scherz font le reste : un hôtel cinq étoiles pour les chevaux, et des grooms dorlotés jour et nuit, raclette et jambon à l'os compris. Quand les grooms sont heureux, cela rejaillit sur le moral des cavaliers.

Dimanche 21 avril 1996

David contre Goliath

10 400 personnes dans la salle, des images relayées sur près de quarante chaînes, et un dernier acte digne d'une dramaturgie pleine de rebondissements. Rodrigo Pessoa, 23 ans et 9,5 points d'avance, s'effondre sur la dernière ligne imaginée par Paul Weier. Il reste deux hommes.

Le public de Palexpo, debout, le 21 avril 1996
La foule des grands jours — Photo Team Reporters
Hugo Simon et E. T. lors de leur tour d'honneur
Vainqueur

Hugo Simon

Autriche · E. T.

Il a 53 ans et il est le vétéran de cette finale. Son E. T. mesure 1 m 60 au garrot. Au barrage, l'Autrichien coupe devant le lac, au culot, et prive Willi Melliger et la Suisse entière d'un premier sacre en Coupe du monde.

« Le plus beau jour de ma vie », dira Simon, avec des larmes de joie.

Willi Melliger et Calvaro V à Palexpo
Deuxième

Willi Melliger

Suisse · Calvaro V

Le grand gris est un géant, et toute la Suisse le croit intouchable. Melliger ne prendra jamais sa revanche en Coupe du monde.

Ses deux médailles d'argent olympiques avec Calvaro V et ses quatre titres européens en font pourtant, lui aussi, un géant du saut d'obstacles.

Pas chauvin pour un sou, le public se lève comme un seul homme pour saluer l'audace du vainqueur. De cette défaite, Rodrigo Pessoa fera un tremplin : il remportera les finales 1998, 1999 et 2000 avec Baloubet du Rouet.

LES CHAMPIONS · PALEXPO 01 / 04

Ces champions qui ont marqué Genève

Vingt ans de Palexpo, et trois cavaliers entrés dans la légende du concours.

Philippe Rozier vainqueur à Palexpo en 1991
Photo Geneviève de Sépibus

Philippe Rozier

1991 · Le premier Grand Prix de Palexpo

Le tout premier Grand Prix Coupe du monde disputé à Palexpo revient au Français. Il signe un barrage de folie pour déloger Markus Fuchs et son génial petit Shandor de la première place.

Et dire que son bon Waïti Oscar avait été éliminé sur un refus, une semaine plus tôt, à Bordeaux.

Rodrigo Pessoa et son père Nelson à Palexpo
Photo Team Reporters

Rodrigo Pessoa

1993 · L'avènement d'une icône

En 1993, trente ans après l'apparition lumineuse de son père Nelson, un Brésilien de 21 ans remporte le Grand Prix avec Special Envoy. Il deviendra une icône du public genevois.

Champion du monde à 25 ans, champion olympique en 2004, trois Coupes du monde consécutives de 1998 à 2000, et deux finales du Top 10 Rolex IJRC gagnées à Genève avec son phénoménal Baloubet du Rouet.

Marcus Ehning lors de la finale de la Coupe du monde 2010
Photo Jacques Toffi

Marcus Ehning

2010 · Une troisième Coupe du monde

Le 18 avril 2010, dans un Palexpo surchauffé à bloc, l'Allemand remporte sa troisième Coupe du monde Rolex FEI. Il rejoint au palmarès Hugo Simon, Rodrigo Pessoa et Meredith Michaels Beerbaum.

Jamais un cavalier n'avait gagné une finale en misant sur deux chevaux : il le fait avec Noltes Küchengirl et Plot Blue, la veille de ses 36 ans.

La finale de la Coupe du monde 2010 à Palexpo
14-18 avril 2010 · La deuxième finale

Deux grandes finales en une

Quatorze ans après, Genève accueille à nouveau le monde. Cinq jours, 54 300 spectateurs, et de nouveau des vaches sur la piste. Steve Guerdat, chouchou du lieu, enlève le deuxième acte de la finale puis le Grand Prix ; Pius Schwizer partage la deuxième place avec Ludger Beerbaum.

En 1991 se tenait le 31e CHI à Palexpo. Il y en aura trente-cinq d'affilée jusqu'au centenaire, avec une seule interruption, fin 2020.

Organiser une finale, c'est se donner des ailes pour imaginer plus grand encore.

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