Un déménagement imposé par les circonstances de la guerre
Durant la Seconde Guerre mondiale, le concours est contraint de quitter le Palais des Expositions pour des raisons financières et s'installe en plein air sur la plaine de Plainpalais. Ce changement de décor marque un tournant dans son histoire, mais ne remet pas en cause la volonté des organisateurs de faire vivre l'événement.
Malgré un contexte marqué par les restrictions, les éditions nationales organisées sur cette vaste esplanade permettent de préserver la tradition équestre. Ce nouveau cadre, plus proche d'un terrain naturel, contribue également à donner une dimension différente aux épreuves et illustre la capacité du concours à s'adapter face aux défis de son époque.
Le concours maintient la tradition malgré la guerre
En raison de la Seconde Guerre mondiale, les éditions de 1942, 1943 et 1945 se déroulent sous la forme de concours exclusivement nationaux.
Si elles ne sont pas comptabilisées parmi les éditions officielles du Concours Hippique International, elles jouent un rôle essentiel en assurant la continuité de l'événement.
Dans une atmosphère où chacun aspire à retrouver un peu de légèreté, ces rendez-vous témoignent de la résilience du monde équestre suisse et de la détermination des organisateurs à faire vivre la passion du cheval malgré les difficultés de l'époque.
Réinventer le concours
Quand on traverse des périodes compliquées, on réinvente. Il fallait imaginer un autre concours — et pourquoi pas à l'extérieur ? Un événement moins lourd à monter, sur un emplacement plus souple, avec beaucoup moins de contraintes.
De cette contrainte est née une liberté : celle d'un concours en plein air, plus proche des gens.
Le dernier concours en plein air avant un nouveau chapitre
Organisée du 22 au 25 août 1946 sur la plaine de Plainpalais, cette édition marque la dernière disputée en plein air. Bien qu'elle accueille des cavaliers de renom et conserve un caractère international, elle ne sera finalement pas reconnue comme un Concours Hippique International à part entière par la FEI. Cette particularité en fait une édition singulière dans l'histoire de l'événement, située à la transition entre les années de guerre et le retour progressif à une compétition pleinement internationale.
Les légendes du dernier CHI en plein air
Deux cavaliers ont fait un doublé lors de cette édition 1946.
Pierre Jonquères d'Oriola
Genève 1946, la naissance d'une ambition internationaleEn août 1946, Genève accueille le tout premier concours international de Pierre Jonquères d'Oriola. Il n'a pas encore le palmarès qui fera de lui une légende, mais déjà la détermination d'un grand cavalier. Avec sa jument L'Historiette, il découvre un niveau de compétition encore marqué par l'après-guerre, où les repères du sport européen se reconstruisent peu à peu.
Dans cette atmosphère singulière, entre chaleur estivale et renouveau sportif, le jeune cavalier catalan pose les premières pierres d'une carrière exceptionnelle. Genève devient le point de départ d'une longue histoire, faite de fidélité au concours et de succès futurs, jusqu'à ses titres olympiques qui consacreront son nom au plus haut niveau.
Jean d'Orgeix
L'énergie et l'audace d'un cavalier en devenirEn 1946, Jean d'Orgeix incarne cette jeunesse qui bouscule et renouvelle le monde équestre d'après-guerre. Avec Sucre de Pomme, un cheval qu'il connaît intimement, il arrive à Genève porté par une énergie débordante et une ambition déjà affirmée.
Dans un sport encore en reconstruction, il s'impose comme l'un des visages de cette « nouvelle vague » de cavaliers. Son style audacieux et sa fougue laissent entrevoir un avenir prometteur, où les grands succès internationaux viendront confirmer ce que Genève laisse déjà deviner : l'émergence d'un talent hors norme, prêt à marquer son époque.
« On parlait de passion, on parlait d'amitié. On s'est serré les coudes pour que l'événement voie le jour. Quand on garde l'esprit créatif, on arrive à faire des choses incroyables — hier sur la plaine, aujourd'hui à Palexpo. »
Près de 80 ans plus tard, le CHI a revécu la même histoire : réinventer l'événement pour le voir renaître.
Le retour rêvé du CHI à Plainpalais
Imaginer à nouveau le Concours Hippique International sur la plaine de Plainpalais, c'est retrouver l'esprit des grandes éditions d'antan dans un décor entièrement ouvert sur la ville. Au cœur de Genève, cette vaste esplanade offrirait un cadre spectaculaire, où le sport équestre dialoguerait directement avec la vie urbaine et les montagnes en toile de fond.
Sous le ciel estival, les obstacles reprendraient place sur un terrain chargé d'histoire, dans une atmosphère plus libre et plus proche du public. Le bruit de la ville, la proximité des spectateurs et la lumière naturelle composeraient une ambiance unique, presque festive, rappelant les grandes heures du concours en plein air. Une vision où Genève redeviendrait, le temps d'un événement, une scène ouverte dédiée au cheval et à l'élégance du sport.
Cette image n'est aujourd'hui qu'une projection. Une invitation à rêver d'un retour du CHI sur la plaine de Plainpalais, là où une partie de son histoire s'est écrite.
