1947: Le CHI s’expose de nouveau au Palais
L’année 1947 marque un tournant dans l’organisation du Concours Hippique International de Genève. Un tournant et un retour. Dans ces années d’après-guerre, et après s’être tenu pendant quatre années (trois nationaux et un international) sur la plaine de Plainpalais, l’événement majeur du calendrier international retrouve la piste indoor du Palais des Expositions.
Le concours troque alors ses dates estivales pour un rendez-vous de fin d'année. Du 8 au 16 décembre, les compétiteurs se mesurent à nouveau dans ce lieu mythique. « L’ancien Palais avait une âme. Et il s’y dégageait une impression de grandeur, renforcée par ce très haut plafond et cette galerie perchée dans le ciel, que l’on appelait promenoir et d’où l’on pouvait suivre les épreuves pour un ou deux francs », se souvient Alban Poudret, directeur sportif du CHI de Genève, dans son ouvrage dédié à l'histoire de la manifestation. Pour cette reprise, 93 couples représentent la Belgique, la France, l’Italie, les Pays-Bas et, bien sûr, la Suisse, sans oublier un unique cavalier américain, le lieutenant-colonel James Kaiser, qui ne manque pas de s’illustrer avec brio en remportant le Grand Prix de cette édition, en selle sur la jument Dagmar.
Le commandant Gudin de Vallerin, le chevalier d’Orgeix, le capitaine Fresson, le commandant de Busnel ou encore le lieutenant-colonel Kaiser... La succession de titres militaires et de noms aristocratiques dans ce plateau de cavaliers internationaux saute aux yeux ! Autres temps, autres mœurs. N’oublions pas qu’à l’époque, l’équitation était alors presque exclusivement un sport masculin – hormis quelques rares amazones et non des moindres, à l’image de la jeune Michèle Cancre ou de la Suissesse Madelaine Röntgen –, tout droit issu d’un héritage militaire. Dans cette halle où était né le CHI de Genève en 1926, l’ambiance battait alors son plein comme en atteste le témoignage du colonel Jack de Charrière de Sevéry, président du jury du concours, dans « L’Année hippique » : « Le Palais des Expositions avait retrouvé sa magnifique ambiance d’avant-guerre. Au début, certains cavaliers et chevaux parurent hésitants, mais dès qu’ils furent habitués à la nature du sol, à l’éclairage et à la… fumée, ils parurent aussi à leur aise que dans n’importe quel terrain en plein air. »
Outre un retour en indoor, le renouveau du concours au Palais des Expositions se double d’une certaine professionnalisation de l’événement. À partir de 1947, et jusqu’en 1971, le rendez-vous prend le nom officiel de CHIO, accueillant, en alternance avec Lucerne – un pays n'a alors le droit de mettre sur pied qu'une seule Coupe des Nations par an ! –, une Coupe des Nations, épreuve appelée à l'époque Prix des Étendards ou Prix des Nations. Le Palais des Expositions assiste, cette année-là et devant 8'000 spectateurs, à la victoire de l’Italie, notamment portée par les deux frères d’Inzeo, Piero et Raimondo, alignés pour la première fois ensemble en équipe. Cette valse entre les deux cités continuera jusqu’en 1983, la Coupe des Nations – la FEI refusant désormais que cette épreuve, en Europe tout au moins, se déroule en indoor ! – quittant alors Genève pour St Gall, la ville du bout du lac se focalisant alors sur la Coupe du monde.
Le Palais des Expositions sera le théâtre du concours jusqu’en 1973. Détruit, le prestigieux écrin, qui servait aussi d’accueil au célèbre Salon de l’Automobile genevois, restera gravé dans les mémoires. Au cours de ces presque trente années, l’inoubliable butte, les murs et autres obstacles auront vu de grands noms défiler sur le tableau d’honneur de son Grand Prix de Genève, à l’image, entre autres, du Français Pierre Jonquères d’Oriola sur Voulette (1953), de l’Italien Raimondo d’Inzeo, triple vainqueur de l’épreuve sur Posilippo (1961), Bellevue (1969) et Fiorello (1971), ou encore du surprenant Zurichois Werner Weber avec Lansquenet en 1963, année où le pays hôte remporta également le Prix des Nations.
Sophie Lebeuf
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