«Comme un outdoor, mais avec un toit»
Aujourd’hui, pour tout connaisseur du monde du cheval, parler de Palexpo revient à parler du Concours Hippique International de Genève. L’un ne va pas sans l’autre. Et ce lieu, si magique pour les cavaliers et les spectateurs, s’impose tant par son gigantisme que son ambiance chaleureuse unique au monde. Respectivement présents, dans ce complexe hors du commun, lors de la première et de la deuxième édition du concours, puis encore souvent par la suite, le Suisse Markus Fuchs et le Belge Philippe Le Jeune reviennent sur leurs premières impressions en foulant cette piste singulière.

1991. L’entrée dans la dernière décennie du XXe siècle ouvre un nouveau chapitre pour le Concours Hippique International de Genève. Et non des moindres ! 1991 marque, en effet, la première édition de l’événement à Palexpo, refermant l’époque des Vernets. Si parfois les changements sont subis – et que l’on s’y accommode alors comme l’on peut –, pour le CHI de Genève, celui-ci n’a rien d’un pensum. Le déménagement dans cette halle immense va non seulement assoir la longévité du concours, mais le faire entrer dans une dimension supérieure. Sans commune mesure, par la taille de la piste de cette nouvelle arène, le CHI devient LE plus GRAND concours indoor, dans tous les sens du terme !
107m x 52m pour ses premières dimensions (93m x 54m aujourd’hui) ! Rien de comparable aux pistes de Bordeaux (79m x 35m), Leipzig (75m x 35m) ou encore Lyon (80m x 45m), pourtant déjà conséquentes. Côté spectateurs, les gradins accueillent pour ce premier cru 18'000 visiteurs et passionnés (près de 50'000 aujourd’hui). Et puis il y a cette butte au centre. Et surtout ce lac, unique, qui ajoute encore à la singularité des lieux…
Ce défi, c’est Pierre Genecand, le nouveau directeur du concours, qui l’initie, tout comme la mise en place d’une édition annuelle, Coupe du monde oblige. Et pour cette première édition, c’est la toute jeune Meredith Michaels – pas encore Beerbaum – qui est choisie pour couper le ruban lors de l’inauguration du concours. Quand on sait la suite de la carrière de la Californienne de naissance et ses nombreux succès à Genève (notamment deux victoires dans le Rolex Top Ten IJRC, en 2004 et 2006), on ne peut que penser que cela lui a été de bon augure…
Une première d’exception…
Le plateau de 1991 est magnifique : l’Allemand Ludger Beerbaum, les frères suisses Markus et Thomas Fuchs, ou encore le Français Philippe Rozier inaugurent la nouvelle arène. Deuxième du Grand Prix dominical avec Shandor II derrière le Tricolore précité sur Waïti Oscar, Markus Fuchs se souvient de cette première. « On avait l’impression que c’était même un peu trop grand», sourit-il aujourd’hui.
L’année suivante, c’est un jeune Belge, invité par les organisateurs, qui s’illustre dans le Grand Prix Coupe du monde : en selle sur Roby Foulards Shogun, Philippe Le Jeune, futur champion du monde (ndlr. Lexington, 2010, avec Vigo d’Arsouilles). Une victoire sonnant comme une revanche à l’issue d’un week-end placé sous forme de duel avec le Suisse Stefan Lauber, comme le raconte, encore amusé, le Belge : « Stefan montait une jument exceptionnelle, qui s’appelait Lugana II. Dans la grosse épreuve du premier jour, ils ont gagné, et je suis arrivé deuxième avec Shogun. Le deuxième jour, j’ai remis mon cheval dans la grosse épreuve, et c’est de nouveau Lugana qui s’est imposée. Après une journée de repos, j’ai engagé Shogun dans le Grand Prix du dimanche. Je passais dernier au barrage, où nous étions dix ou douze qualifiés, et c’était encore Lugana qui était en tête au classement provisoire. En m’élançant vers la piste, je suis passé devant Stefan et je lui ai fait un clin d’œil qui voulait dire : “ Aujourd’hui, ce n’est pas toi qui gagneras. Je ne vais pas finir trois fois deuxième !” » Cette année-là, la piste est encore plus grande, ayant gagné 5 mètres en largeur. « C’était finalement comme une piste extérieure, mais avec un toit sur le tête », illustre le vainqueur de l’édition 1992 du Grand Prix. « Je crois que cette victoire était la plus belle manière de remercier les organisateurs qui m’avaient invité. Et puis, j’avais vraiment un cheval fabuleux », se souvient l’athlète.
… renouvelée année après année
Depuis leurs premières venues à Palexpo, l’un et l’autre ont maintes fois concouru sous la grande halle. Philippe Le Jeune s’y est toujours senti bien, comme dans un cocon, s’imposant parfois, comme en 1999 dans l’épreuve des Six-Barres, aux rênes de Valiska for Ever, ex aequo avec le Suisse Christophe Barbeau, en franchissant sans pénalité les 2,01m. « Personnellement, je n’ai que de bons souvenirs ici. Et puis, il y avait souvent une épreuve rigolote comme la Chasse sans selle, par exemple », se remémore le Belge.
« Je suis venu souvent à Genève, aux Vernets d’abord, où j’ai rencontré ma femme – je crois que c’est finalement mon plus beau souvenir ! – et à Palexpo, avance pour sa part, humblement (et amoureusement !) Markus Fuchs. Là-bas, j’ai eu quelques bons résultats, mais je n’ai jamais vraiment performé, hélas ». Et pourtant : deuxième du Grand Prix en 1991 avec Shandor II, vainqueur du Trophée de Genève en 1994 avec Interpane Goldlights, premier de la Coupe de Genève en 2006 avec Granie V ou encore lauréat des éditions 2007 et 2008 de la Grande Chasse, respectivement avec Sylver II et Granie V...
1991-2026 : voilà maintenant 35 ans que le CHI est intimement lié à Palexpo. Trente-cinq années au cours desquelles il n’a eu de cesse de se renouveler pour continuer à éblouir, proposer le plus beau sport et émerveiller tous ceux qui en franchissent les portes. Un sacré chapitre dans l’histoire d’un siècle.
Sophie Lebeuf
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