Le grand déménagement
Décembre 1989, il est 7h00, les rues sont presque vides, et dans un bureau chauffé de la rue du Rhône, Yves Piaget a convoqué tout le comité du Concours Hippique International de Genève pour poser une question simple: qui est prêt à relever le défi ? Quelques heures plus tard, le destin de la manifestation était scellé : c’était l’heure du grand déménagement.
Devenir une étape du tout nouveau circuit de la Coupe du monde, c’était presque trop aisé. L’ultimatum de la Commission Coupe du monde était posé: Genève doit avoir lieu chaque année. Si Max Ammann accorde un délai et permet donc à l’édition 1989 d’avoir lieu aux Vernets, le comité du CHI de Genève sait qu’il doit trouver une solution pour permettre à la manifestation de devenir annuelle.
Hors de question de quitter la patinoire sans vivre une édition féerique, et le sport est au rendez-vous en ce printemps 1989: le duel mythique Milton-Jappeloup, les deux légendes de la décennie, fait alors rage. John Whitaker et son ange blanc Milton remportent le Grand Prix genevois au terme d’un barrage sublime. Pierre Durand et Jappeloup ne sont pas du barrage et doivent s’avouer vaincus.
Quelques mois plus tard, Pierre Genecand lève la main dans le bureau du président du comité du CHIG: il veut bien se retrousser les manches et trouver une solution. Il contacte alors immédiatement son cousin Didier Genecand et Daniel Perroud, organisateurs du Supercross moto, afin de leur proposer de partager les frais de construction de leurs tribunes à Palexpo. Accord en poche, la première édition de la nouvelle ère a lieu en décembre 1991, et le mélange de sable et tourbe du CHI de Genève est posé par-dessus la terre du Supercross. De quoi fêter dignement les 10 ans de l’inauguration du bâtiment ainsi que les quatre ans de la Halle 5 sans laquelle le CHI n’aura pas pu poser ses valises à Palexpo.
Si la halle offre évidemment une piste gigantesque – 107m x 52m la première année, soit déjà la plus grande piste couverte du monde de saut d’obstacles, et elle continue de s’agrandir en gagnant encore cinq mètre en largeur l’année suivante… –, elle offre d’autres avantages, notamment sa proximité avec l’aéroport, la gare ou l’autoroute pour l’arrivée des chevaux, par exemple. En revanche, les tribunes déjà montées pour le Supercross sont d’abord trop ambitieuses. Mais le succès vient vite :18'000 spectateurs la première année, et déjà 5'000 de plus deux ans plus tard ! Tout prend de l’ampleur, à l’image des bénévoles, qui passent de 250 aux Vernets à plus de 400 à Palexpo et deviennent véritablement l’âme du concours.
Les années 1990 voient le sport se mondialiser. La Premier League anglaise est créée en 1992, les Jeux Olympiques cette même année marquent le retour du sport-spectacle à grande échelle, tandis que la F1 cartonne à la télévision. Le sport devient un business mondial, et l’équitation prend le même wagon, perdant définitivement son héritage militaire et aristocratique pour se démocratiser, s’urbaniser. La couverture télévisée du CHI de Genève s’amplifie à l’arrivée à Palexpo. Elle permet au public romand de commencer à connaître les grands noms du saut d’obstacles, dont les fidèles du CHIG et immenses champions d’une génération fabuleuse : les frères Markus et Thomas Fuchs, Willi Melliger, Philippe Guerdat, Lesley McNaught et Stefan Lauber côté helvétique ; ou encore, pour les étrangers, les Ludger Beerbaum, Rodrigo Pessoa ou Marcus Ehning …
Aurore Favre
- Retour
-
Partager







